J’ai déjà râlé ici contre l’invasion, dans “La Provence” – le quotidien local le plus lu – de termes anglais utilisés davantage par snobisme, comme une marque de modernisme, que par nécessité. J’en ai, depuis, relevé d’autres à ajouter à une liste déjà longue. Dans sa rubrique “food” le journal ne parle que de “food-truck”. Les pizzaïolos dans leur camion, d’autres avec avec des sandwiches, des panini, des kebabs, ou des pâtisseries, ont intérêt, désormais, à apparaître sous l’étiquette “food-truck” pour échapper à la ringardise. Le “marketing” est passé par là et le mot est devenu, comme bien d’autres, surtout auprès des jeunes, un signe de modernité.
Ces derniers temps, dans les titres de “La Provence”, je n’ai trouvé qu’une seule réminiscence du parler local “Une mobilisation de fadas pour s’abonner en virage” et il y en a un qui va se faire gronder à titrer : “De jeunes pousses provençales en démonstration” alors que le texte parle de “start-up provençales” . Par ailleurs on peut y lire :
- “Pop up store spécial kids au Prado Shopping” ; Dans cette phrase, seul “au” n’est pas anglais
- Le saviez-vous ? Le 12 juillet, c’est pas le “jour de l’aïoli” c’était le “roof-top day “. C’est que “la folie des rooftops s’empare de Marseille” !
- “Un job dating très sportif au Stade Delort” et ailleurs “Un job-dating pour devenir prof.…” Ne me demandez pas ce que c’est. Je suis trop ringard et réactionnaire.
- Zize ou Rheira vont être contentes : il va y avoir, dans les quartiers nord, “Un vide-dressing qui va faire le plein”.
- “Les candidatures sont ouvertes pour le French Tech tremplin” et “Machin” sera “en live” comme “guest-star à Viva Technologie”.
- Cet été, à Marseille on “rêve d’un slow-tourisme” .
- “Aux Deux Comptoirs le made in Marseille est en plein boom” …
- La population de l’agglomération est en croissance : “La City de Marseille pointe au 25e rang.…”
On pourrait poursuivre, bien sûr et se demander : “Mais que fait l’Académie Française pour enrayer l’épidémie” ?” Et bien, justement, elle a réagit : “La communication institutionnelle en langue française”.
L’inflation des mots
Entendu tout à l’heure, sur une radio, une météorologue d’occasion prévoir un “temps hyper beau” et l’animateur la remercier “infiniment” .
De quoi m’énerver pour la journée !
L’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie. Mais il y d’autres “inflations”, d’autres perte de pouvoir, celles des mots. Le mot “très”, par exemple, est devenu insuffisant. Il est faible, “hyper” faible, “ultra “faible et peut-être, même, “hypra” faible. On pourrait dire, aussi, il est “trop” faible ; mais “trop” , qui traduisait, jadis, un excès, devient gentiment positif : “il est trop beau, trop mignon, trop gentil !” Mais “Il est trop con !” n’est pas devenu, pour autant, un compliment…quand on est “con”, on est “con” … Seulement “Il est hyper con ! “ ça a quand même un autre allure !
Dans les médias la mode est, actuellement, aux remerciements disproportionnés. Quand l’actualité pousse un journaliste a déranger, à l’antenne, une personne à son domicile ou dans son travail pour un témoignage, il est normal qu’il le quitte par un aimable remerciement. Vive la politesse ! Mais quand il invite, à l’antenne, un politique ou un syndicaliste, un artiste ou un auteur, tous demandeurs, voire quémandeurs, terminer par “Merci infiniment !”, c’est peut-être un peu trop, non ? Pire, ce “Merci infiniment” s’adresse aussi souvent au collègue journaliste correspondant qui n’a rien fait d’autre que son travail. Imaginez à la boulangerie, la serveuse disant au mitron qui vient d’approvisionner les rayons en baguettes toutes chaudes :“Merci infiniment !”… Le serveur, au restaurant, qui vient de recevoir, en cuisine, le plat du cuistot : “Merci infiniment !”… Le flic en chef de l’Évêché qui reçoit le rapport des nouvelles plaintes pour viol …. Non, là j’exagère : lui, il s’en fout trop infiniment !
C’est fini. Merci beaucoup de votre attention.