C’est le romanesque je crois qui assure le lien et qui m’a le plus séduit : la mort étonnante de Diêm, son carnet à cacher, à transmettre, la découverte de la double cave, la quête d’un chemin souterrain pour arriver au port… Le romanesque, c’est aussi le mystère des personnages principaux, la Muette surtout qui donne un beau titre au livre (c’est d’ailleurs plutôt paradoxal d’envelopper ainsi dans le mutisme un ouvrage de 500 pages). J’ai trouvé dans un premier temps qu’on n’accordait pas suffisamment d’importance au personnage éponyme. Il me semblait que Zette ou Sissou étaient mieux traitées. Mais à la réflexion son retrait, comme son mutisme, est un leurre. Elle est présente d’une présence en creux. La Muette dit l’histoire qui ne se dit pas, l’histoire des vaincus et de leur misère. Ce livre nous rappelle que la Guerre d’Espagne, la Guerre du Vietnam, tout autre événement historique sont présents dans une ville pour peu que des êtres les apportent avec eux- qu’ils en témoignent explicitement ou non. Sans la Muette, sans Diêm, personnages tragiques victimes comme des héros de Sophocle des frères ou du fils, que serait une ville, et que serait ce livre sinon un aimable divertissement régional, comme il y en a tant. Pour le style, après avoir dit plus haut tout le bien que je pensais du réalisme de l’écriture, comment à présent la critiquer ? Barthes nous a appris que le style est l’absence du bien écrit ; or le bien écrit n’est pas absent de ce livre. Il y a, çà et là, à mon goût, trop d’adjectifs. Les adjectifs sont d’autant plus visibles s’ils sont à la mode aujourd’hui : improbable, incontournable, surréaliste, et, pour l’accent, à couper au couteau.
La question du point de vue est malgré tout, plus importante : le portrait charge du militant de la CGT sent trop le règlement de comptes pour qu’on n’en soit pas gêné quand on a habituellement de la sympathie pour ceux qui luttent. Son contradicteur, l’aimable Nanet, plaide pour les jaunes. Avec modération certes, (on est dans le bar des cocos), mais bien loin du contexte de guerre de classes des années 50, du recyclage US des nazis et collabos en fuite, du financement par la CIA des organisations et officines anti-ouvrières. Le chapitre 26 s’intitule : La leçon de politique. Quelle est la leçon ?
Ce qui m’a le plus impressionné…
Jean-Louis Ribeira (toulousain)
09/03/2012
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